Bore-out : le mal silencieux des salariés trop compétents
Vous rendez-vous au bureau chaque matin en sachant que vos compétences n’y serviront pas ?
Ce sentiment est plus répandu qu’on ne le croit. Selon l’étude Will Oriente publiée en 2025, 76 % des salariés français déclarent s’ennuyer au travail, en hausse de 13 points depuis 2019. Parmi eux, 56 % préféreraient un métier plus stimulant, même pour un salaire moindre. Le bore-out n’est pas une question de paresse : c’est l’épuisement qui naît du vide, de la répétition et du sentiment d’être sous-utilisé.
Qu’est-ce que le bore-out, exactement ?
Le bore-out désigne un syndrome d’épuisement professionnel dont la cause n’est pas la surcharge, mais l’inverse : l’absence de stimulation, des missions trop simples au regard des compétences réelles, un quotidien professionnel qui n’engage ni l’intelligence ni la créativité. Il touche en priorité :
- les cadres et profils qualifiés coincés dans des postes dont les missions ont rétréci avec le temps ;
- les salariés recrutés au-dessus de ce que le poste exige réellement ;
- les personnes en attente d’une évolution qui ne vient pas ;
- ceux dont les responsabilités ont été vidées à la suite d’une réorganisation.
La fatigue qui en résulte est paradoxale : on ne fait « rien », et pourtant on rentre exténué. C’est l’énergie dépensée chaque jour à simuler l’engagement.
Le bore-out est-il reconnu comme un risque professionnel ?
Le bore-out est juridiquement reconnu comme un risque psychosocial en France. L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur une obligation générale de sécurité, qui inclut la prévention des atteintes à la santé mentale. La Cour d’appel de Paris a par ailleurs qualifié l’absence prolongée de travail de harcèlement moral, ouvrant une voie de recours concrète pour les salariés concernés. Les risques psychosociaux reconnus par l’INRS couvrent explicitement les situations de sous-charge et de manque de sens. Ce cadre légal est important, mais il ne résout pas la question fondamentale : que faire quand on réalise qu’on s’étiole dans un poste qui ne convient plus ?
Pourquoi le bore-out est difficile à nommer ?
L’ennui au travail est culturellement chargé de culpabilité. Contrairement au burn-out, qui bénéficie d’une forme de légitimité sociale, dire qu’on s’ennuie revient souvent à s’accuser de ne pas s’investir assez. Pourtant, 63 % des salariés touchés vivent très mal ce désengagement, selon l’étude Will Oriente 2025, et 46 % ressentent régulièrement un sentiment d’inutilité face à leurs missions. Les signaux d’alerte méritent d’être pris au sérieux :
- procrastination chronique et difficulté à démarrer des tâches simples ;
- cynisme croissant vis-à-vis du travail et des collègues ;
- absentéisme ou présentéisme sans implication réelle ;
- ruminations persistantes sur un changement de cap.
Ces signaux ne sont pas des faiblesses. Ce sont des informations sur l’adéquation entre ce que vous êtes et ce que votre poste vous demande.
Le bore-out comme point de départ d’une transition professionnelle
En accompagnant des personnes en transition chez CHALLENGEO, nous observons régulièrement que le bore-out précède une prise de conscience importante : celle d’une inadéquation entre le potentiel réel d’une personne et ce que son environnement professionnel lui permet d’exprimer. Cette inadéquation n’est pas une fatalité. Elle est souvent le signe qu’un repositionnement est possible, et même nécessaire. Le bilan de compétences permet d’y répondre de façon structurée. Il aide à :
- identifier précisément les compétences sous-utilisées et les ressources inexploitées ;
- comprendre les valeurs professionnelles qui guident réellement les choix ;
- construire un projet de transition cohérent, ancré dans la réalité du marché.
Il est finançable via le CPF (Compte Personnel de Formation) sans avance de frais, dans le cadre défini par France Compétences.
Comment sortir du bore-out sans se précipiter ?
Sortir du bore-out ne signifie pas nécessairement tout quitter du jour au lendemain. Cela commence par mettre des mots sur ce qui ne va pas, puis par explorer sérieusement les alternatives. Un premier échange offert avec un consultant CHALLENGEO peut vous aider à y voir plus clair sur votre situation actuelle et les pistes qui s’ouvrent à vous. C’est un pas bas-engagement, sans engagement de suite, pour commencer à transformer une frustration en mouvement.
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Sources
- Will Oriente, 2025 — Statistiques sur l’ennui au travail en France : 76 % des salariés concernés, évolution depuis 2019
- INRS — Risques psychosociaux : réglementation — Cadre légal français, article L. 4121-1 du Code du travail
- Mercato de l’Emploi, 2024 — État des lieux bore-out et burn-out en France, étude Ignition Program (janvier 2024)
- Cabinet Darmendrail-Santi Avocats — Reconnaissance juridique du bore-out, qualification en harcèlement moral par la Cour d’appel de Paris